Coronavirus : « L’Afrique peut profiter de l’après-crise pour relocaliser son industrie »

Pour les auteurs de cette tribune, les gouvernants du continent et leurs partenaires privés doivent « s’allier pour réorienter et renforcer leurs outils de production ».
Pour les auteurs de cette tribune, les gouvernants du continent et leurs partenaires privés doivent « s’allier pour réorienter et renforcer leurs outils de production ».
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Fait inédit depuis la peste du XIVe siècle et la grippe espagnole de 1918, le coronavirus affecte aujourd’hui l’ensemble de la population mondiale. Parti de Wuhan, en Chine, il aurait déjà fait plus de 280 000 morts et a réduit à vivre en confinement près de la moitié de l’humanité – plus de 3 milliards de personnes ! Il pousse les gouvernants de ce monde à mettre en œuvre des mesures d’urgence inédites par leur ampleur. Il doit aussi les pousser à réfléchir à plus long terme, au « monde d’après ».

Pour l’Afrique, sur le plan de l’industrie et de la logistique, ce « monde d’après » peut rimer avec trois verbes, qui représentent autant d’opportunités à saisir pour le continent : localiser (la production sur le sol africain), diversifier (les partenaires commerciaux) et simplifier (sa logistique).

Pneus en Côte d’Ivoire, meubles au Gabon…

L’Afrique peut profiter de l’après-crise, et notamment des mouvements tectoniques qu’elle pourrait déclencher en Chine et en Asie, pour localiser son industrie sur le continent et servir ses propres marchés avec sa production locale. Les pneus pourraient être produits dans les pays où pousse l’hévéa et où existent des marchés automobiles développés, notamment la Côte d’Ivoire ou le Nigeria (où ont existé jusqu’à trois usines de pneumatiques, qui ont depuis fermé). Le bassin du Congo pourrait devenir une place forte dans la production de meubles, à l’image des usines du complexe de Nkok, au Gabon. Les jus de mangue, de fruit de la passion, d’ananas des marchés de Bamako et de Dakar devraient cesser d’être « made in Thaïlande » et provenir d’usines de transformation nationales ou sous-régionales, à l’image de l’usine de jus Sobema, au Mali. Une solution à la fois plus logique, plus économique et plus écologique, que devrait renforcer la création de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

De même, nombre de pays africains pourraient tirer parti de la crise en offrant des alternatives à des partenaires commerciaux (européens, voire américains) souhaitant amoindrir leur dépendance à l’Asie. La proximité géographique, de langue et de culture devrait favoriser le continent. Le Maroc, qui a reconverti ces dernières semaines une partie de son industrie pour produire 7 millions de masques par jour, pourrait offrir une alternative séduisante dans le matériel biomédical, après les premiers succès rencontrés dans l’industrie automobile. Des destinations productrices de coton (le Sahel) et à main-d’œuvre compétitive (Madagascar, Ethiopie) pourraient progressivement monter en puissance dans le secteur textile, aux côtés du Bangladesh et du Vietnam, en montant des filières intégrées, de la fibre de coton au vêtement fini en passant par la production de tissu.

Renforcer la chaîne d’approvisionnement

Enfin, certains pays africains devraient simplifier et renforcer la solidité de leur chaîne d’approvisionnement pour minimiser les risques. L’industrie de l’anacarde, dont l’Afrique – et particulièrement la Côte d’Ivoire – est l’une des championnes, se trouve aujourd’hui largement dans les mains d’acteurs basés en Inde ou au Vietnam. Un anacarde africain, avant de se retrouver sur une table d’apéritif à New York ou à Amsterdam (voire à Abidjan !), est le plus souvent passée par une usine de décorticage et de préparation basée à Calcutta ou à Hanoï. Pour éviter la situation actuelle, où des stocks de noix de cajou brute risquent de pourrir doucement dans nombre de ports d’Afrique faute de pouvoir être exportés, il faut multiplier les sociétés comme Tolaro, qui produit au Bénin une noix rôtie et grillée, prête à la consommation.

Sur le plan sanitaire, l’Afrique semble supporter mieux que prévu l’épidémie liée au coronavirus, même s’il est encore prématuré de tirer un bilan. Néanmoins, la crise économique devrait la frapper avec violence. Afin que le monde d’après bénéficie davantage au continent que celui d’hier, les gouvernants d’Afrique et leurs partenaires privés peuvent s’allier pour réorienter et renforcer leurs outils de production. L’investissement dans les infrastructures, l’éducation ou encore la formation seront incontournables pour relever ces défis de l’industrie africaine.